Le Dossier

To code or not to code I : Entretien avec Frédéric Bardeau

À l’heure où le mythe des compétences numériques « innées » des digital natives est mis à mal par de nombreuses études, il importe de questionner la place et les modalités d’apprentissage du numérique chez les jeunes. Au menu du jour : l’enseignement du code. Est-il utile, nécessaire, suffisant pour former des usagers autonomes et efficaces, ou même des professionnels du numérique compétitifs sur le marché de l’emploi ? Des éléments de réponses avec les regards croisés de deux spécialistes : Frédéric Bardeau, co-fondateur de l’école de formation au numérique Simplon, et Elisabeth Schneider, Chercheure sur les usages du numérique des jeunes dans une approche ethnographique à l’ESPE de l’académie de Caen.

>  « Un des enjeux est de permettre aux étudiants
d’apprendre à apprendre et d’être en autoformation permanente,
ce qui sera utile tout au long de leur vie professionnelle »

Fred

 

 

Frédéric Bardeau, consultant et entrepreneur social, Co-fondateur de Simplon en 2013. Auteur, avec Nicolas Danet, de Lire, écrire, compter, coder (juin 2014).

 


Connexions Solidaires. Vous êtes un des fondateurs de Simplon, école créée à Montreuil en 2013 et aujourd’hui présente dans plusieurs villes de France. Votre credo est de faire du numérique un vecteur d’insertion professionnelle, notamment pour les jeunes éloignés de l’emploi. Selon vous, est-ce que les métiers du numérique sont accessibles à tous ?

Frédéric Bardeau. 85% des effectifs qui rentrent à Simplon sont des gens qui n’ont jamais programmé avant de commencer la sélection. Il y a cependant des prérequis minimum : lire, écrire, compter, savoir se servir d’un ordinateur, et avoir vraiment envie de passer sa vie sur un ordinateur. On ne pourra donc pas transformer des personnes vraiment effrayées par l’informatique en développeurs. La clé est la motivation, l’appétence pour le numérique, le fait d’avoir développé déjà un petit peu par soi-même des compétences, ou une appétence, pour les aspects techniques du numérique.

C.S. Comment et pourquoi enseigner le code aux enfants ?

F.B. On travaille beaucoup sur l’auto-apprentissage guidé, l’autonomie, la pédagogie par projet. Un des enjeux est de permettre aux étudiants d’apprendre à apprendre et d’être en autoformation permanente, ce qui leur sera utile tout au long de leur vie professionnelle. On essaie aussi d’intégrer la pédagogie par la transmission, c’est-à-dire que chaque étudiant est à la fois élève et professeur. Il est obligé de transmettre et de former des gens qui sont moins geek que lui comme des salariés, des porteurs de projets en création d’entreprise, etc., mais aussi d’animer des ateliers de programmation pour enfants. Depuis le début de Simplon, tous les mercredis, tous les samedis, toutes les vacances scolaires, nos élèves donnent des cours de code à des enfants dès l’âge de 10 ans.

C.S. Vos étudiants enseignent le code aux enfants. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Coder, c’est une manière ludique et pédagogique de « remouliner » les compétences du socle commun

F.B. Il faut qu’un enfant comprenne comment fonctionnent un ordinateur et un téléphone pour ne pas être un simple consommateur de technologie, mais un acteur du numérique, parce que ce sont sa citoyenneté et sa manière de lire le monde qui sont en jeu. Un autre enjeu est celui de la place du code à l’école. Notre position est de dire que coder, c’est une manière de lire, d’écrire et de compter, de travailler à plusieurs, de résoudre des problèmes : c’est une manière ludique et pédagogique de « remouliner » les compétences du socle commun. Par ailleurs, les usages créatifs du numérique, dans lesquels on met la programmation, la fabrication numérique, la robotique, l’électronique, sont très importants pour la littératie numérique.

C.S. Est-ce qu’une formation de développeur est suffisante pour l’insertion professionnelle des jeunes que vous accueillez ?

F.B. Une de nos erreurs a été de croire qu’une super formation suffirait, à elle seule, à l’insertion. On a dû corriger le tir en intégrant des modules liés à la recherche d’emploi dans le curriculum et en travaillant en partenariat avec des professionnels de l’insertion. Par ailleurs, on s’est aperçu que la formation n’est pas nécessairement le meilleur levier d’inclusion. C’est la raison pour laquelle nous lançons aujourd’hui Simplon Prod, une entreprise d’insertion par l’activité économique qui développera notamment des applications mobiles destinées aux TPE et PME, aux acteurs de l’ESS, aux associations, etc.

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